Ton bulletin est un fake

Publié par katell le

Sais-tu que …ton bulletin est un fake !

Les notes ne sont pas fiables

#Balancetesnotes

Mauvais élève ou bon élève ? Fort en math ou nul en langues ?

Si tu te fies à tes notes pour répondre à ces questions, tu es mort !

Victime de la Constante Macabre ! AH ! AH ! AH ! (rire guttural et effrayant)

  1. Les notes données par les professeurs ne sont pas fiables, et là tu ne peux pas imaginer à quel point !
  2. Les notes sont des prophéties autoréalisatrices : quand tu reçois une mauvaise note, tu perds confiance dans tes capacités. Lors de l’évaluation suivante, tu risques d’échouer parce que tu ne crois plus en toi.

Si tu te sens concerné par cet article, je te propose de déchirer une de tes copies et de publier la photo des morceaux et de ta note sur Instagram avec #Balancetesnotes, puis tague un ami pour qu’il en fasse autant. A plusieurs on est plus fort pour changer le système !

Voici comment les chercheurs en docimologie (la science des notes), se sont aperçus de l’incroyable variabilité des évaluations.

En 1930, des copies anonymisées de candidats qui avaient obtenu à l’agrégation d’histoire ont été données à deux professeurs expérimentés afin qu’ils les notent à nouveau. Et là surprise :

  • La moyenne des notes du premier correcteur dépassait de près de deux points celle du second.
  • Le candidat classé avant dernier par l’un était classé second par l’autre.
  • Les écarts de notes allaient jusqu’à 9 points.
  • Le premier correcteur donnait un 5 à 21 copies cotées entre 2 et 14 par le second ; le second donnait un 7 à 20 copies cotées entre 2 et 11,5 par le premier.
  • La moitié des candidats reçus par un correcteur était refusée par l’autre. (source : blog de Jacques Nimier)

D’autres expériences du même ordre ont eu lieu au fil des décennies, toujours avec les mêmes résultats déconcertant quelque soit le domaine, des maths à la philo, y compris en proposant un barème très strict aux correcteurs.

Donc si tu as un 7 à ta dissertation de français, et ton voisin un 15, dis toi bien qu’avec un autre professeur, ce serait peut-être l’inverse ! Flippant, non ?

peur des mauvaises notes

En fait pour évaluer le niveau de connaissances d’un élève les notes sont une véritable catastrophe.

D’un point de vue expérimental, les facteurs qui font varier tes notes dépendent :

  • De la sévérité du professeur,
  • de l’image qu’il a de toi (même si ta copie est anonyme),
  • du niveau des copies qu’il a corrigées avant la tienne,
  • de son interprétation du barème, car même avec un barème rigoureux les notations varient!
  • de la manière dont il a posé son sujet (des fois on n’y comprend rien),
  • et bien sûr de ton état d’esprit (stress, fatigue) lors de l’examen.

Ce qui me trouble est que je n’ai pas trouvé d’études reliant tes notes à l’intensité de tes révisions. Pas de recherches montrant qu’un élève qui connaît son cours aurait plus de chances d’obtenir un bon résultat à un examen qu’un élève qui n’aurait rien révisé ni rien compris. Aurait-on peur de la réponse ?

Probablement puisqu’il est établi que la principale corrélation entre les notes et les élèves concerne leur origine sociale. L’école reproduit largement ces inégalités. Bien sûr il est possible d’y échapper au plan individuel, mais les obstacles sont plus nombreux pour ceux qui ne bénéficient pas de conditions aussi stimulantes que les autres.

(source :Arthur Moinet. La notation scolaire : inconvénients et alternatives. Une synthèse des inconvénientsde la note scolaire et des modes d’évaluation alternatifs. 2018. <hal-01700229> )

Donc tu sais à présent que tes notes ne disent pas grand chose de ton réel niveau scolaire. D’un côté si ta moyenne est pourrie, c’est une bonne nouvelle !

D’ailleurs en parlant de moyenne, que signifie une moyenne établie entre des notes de physique, d’anglais et de sport ?

Rien, une moyenne ne veut absolument rien dire du tout. Sauf que si tu cours vite mais que tu ne sais pas compter jusqu’à 10 tu peux être un élève moyen, ou même bon si tu cours vraiment très, très vite.

Donc ton bulletin est bien un fake…

la sélection des élèves

Mais pourquoi alors, si les évaluations sont aussi fantaisistes, pourquoi ce sont toujours les mêmes qui obtiennent les meilleures ou les plus mauvaise notes ?

Parce qu’un élève est aux yeux de l’académie, comme un rat de laboratoire qui court dans sa cage. Une autre expérience menée par Rosenthal avec des rats évoluant dans des labyrinthes et autres boîtes de Skinner, montre en effet que si on dit à des évaluateurs que les animaux qu’ils doivent évaluer sont plus intelligents que la moyenne, ces charmants petits rongeurs seront automatiquement mieux notés que leurs congénères supposés moins brillants.

la sélection des élèves

Dans une autre expérience, on a remplacé les rats par des enfants surdoués. On a donc constitué une classe d’enfants surdoués, mais sans rien dire au professeur ; Au bout d’une année il avait trouvé le moyen de diviser sa classe en trois groupes : les bons, les moyens et les mauvais… De mauvais élèves pourtant surdoués, avec 2 de moyenne générale!

Ceci nous amène à considérer l’enquête d’André Antibi où les enseignants reconnaissent à 95% l’existence de la Constante Macabre, voici de quoi il s’agit…

La Constante Macabre

les mauvais élèves

En fait, les enseignants distribuent spontanément les notes suivant une courbe de Gauss, dont le sommet est la moyenne de la classe. Ce phénomène a été appelé « la Constante Macabre » par un pédagogue du nom d’André Antibi : cela signifie que les enseignants s’arrangent toujours pour mettre de mauvaises notes.

Mauvaises notes qui dévalorisent et démotivent les élèves qui les reçoivent. Ces élèves non seulement perdent alors confiance en eux, mais en plus sont considérés comme « mauvais » par leurs professeurs, lesquels les noteront automatiquement plus durement que les « bons ». Ainsi se constitue le pool des cancres !

les mauvaises notes

Certains parents s’en rendent compte, et parfois il suffit qu’ils changent d’école ou de collège à leur enfant pour que celui-ci bénéficie d’un regard plus neutre et devienne comme par magie un « bon » élève !

Par contre certains professeurs ne voient absolument pas le problème et s’évertuent même à recentrer la moyenne de leur classe de sorte qu’elle soit bien distribuée. Je cite ici un extrait d’un forum consultable par tout un chacun au moment où je rédige cet article:


“Cher Collègues
Excusez-moi mais comment on pourra régler les notes des étudiants suivant la courbe de Gauss ?
Cordialement
Raymond “

Réponse ( narquoise)de Benoit:

Sur une épreuve écrite, c’est impossible. Sur une épreuve orale, par contre, rien de plus simple : il suffit de choisir un gabarit à priori, et de distribuer les notes suivant ce gabarit. J’ai eu le bonheur de vérifier cette méthode scientifique de distribution des notes à un oral de concours il y a bien longtemps. J’avais baragouiné anglais comme un cochon : l’examinateur a sorti son gabarit, il a remarqué qu’un 4 lissait avantageusement sa courbe de note, a fait une croix à l’endroit idoine… Et voilà

Tous les enseignants n’ont pas l’humour de Benoît, et les chefs d’établissements scolaires encore moins. Le lissage des notes cela rend toute comparaison entre les établissements impossible, comme entre les professeurs. L’école républicaine reste égalitaire, puisque quelque soit le niveau social, la moyenne des classes ne varie pas. Ce genre de pratique est utilisée également pour obtenir 85%de réussite au DNB, et effacer les différences parfois importantes entre les académies. (source: Alain Bouvier, Pourquoi, en France, l’évaluation des acquis des élèves est-elle si difficile ? )

Tout ceci est connu depuis 1930, et pourtant on continue de noter les élèves ?

Oui, on note les élèves non pas pour leur indiquer leur progression, mais pour les comparer entre eux, sélectionner les « meilleurs » et les intégrer dans les formations de haut niveau.

les mauvaises notes

L’injustice de la sélection devient alors évidente quand on sait que les « meilleurs » ne le sont qu’au regard de critères aussi flous ! Les meilleurs élèves ne sont pas ceux qui apprennent le mieux, ni les plus créatifs, mais ceux qui ont su le plus régulièrement possible, au fil des années, entrer dans la norme attendue et convaincre leurs professeurs qu’ils étaient la crème de l’élite. Leur manière d’être, politesse, participation, leur façon de s’exprimer, leur adhésion aux contenus enseignés, leurs origines sociales, tout ceci a contribué à faire d’eux des êtres exceptionnels pour les enseignants, plus que leurs réelles compétences.

Voilà pourquoi il n’est pas étonnant que parmi les chefs d’entreprise les plus innovants on retrouve régulièrement des personnes qui n’ont pas obtenu un niveau de diplôme élevé. Parmi eux, Bill Gates, Mark Zuckeberg et le président Bush…tu peux lire ça ici pour te remonter le moral.

Voilà pourquoi, tous les ans quelques élèves moyens au lycée, même en math, mais motivés réussissent quand même le concours de PACES.

Méfie toi de la fille qui dessine pendant les cours près du radiateur au fond de la classe, elle sera peut-être à la tête d’une multinationale dans moins de dix ans !

L’éducation nationale connaît parfaitement tout ce que je viens d’écrire ici, mais pas toujours les enseignants qui ne sont pas vraiment formés à ces questions. Une Conférence nationale sur l’évaluation des élèves a été organisée en 2017. On en attend toujours les retombées.

Si nos technocrates voulaient RÉELLEMENT lutter contre l’échec scolaire, ils aboliraient la notation jusqu’à la classe de seconde au moins. On sait pourtant faire autrement : évaluer les acquisitions des élèves de sortes qu’ils sachent s’ils progressent et ce qu’ils ont à faire pour s’améliorer dans chaque discipline. Le pire est que cet objectif est inscrit dans les directives ministérielles depuis 2013!

Tu peux agir pour faire bouger les choses 

Trouve ta plus mauvaise copie, ou la meilleure, on s’en fiche. Déchire là et publie la photo des morceaux avec la note sur Instagram #Balancetesnotes et tague un ami pour qu’il fasse la même chose.

Imagine, si des dizaines de milliers d’élèves le font, les profs culpabiliseront et arrêteront – peut-être – de mettre des mauvaises notes. Mieux ils évalueront avec toi tes savoirs et tes compétences, ainsi que tes difficultés exactes. Ils vérifieront ta progression plutôt que ta capacité à répondre à des questions pièges ou à restituer par cœur un cours.

Alors les élèves ne seront plus jamais mauvais, et en prime:

  • Tu ne te compareras plus aux autres élèves.
  • Tu n’auras plus la haine parce que le prof a enlevé injustement un demi point à ton devoir.
  • Tu sauras quoi faire pour progresser.
  • Tu progresseras.
  • Tu ne travailleras plus pour une note mais pour acquérir des connaissances.
  • Plus personne ne s’interdira de suivre les études qui l’intéresse sous le seul prétexte qu’il ou elle n’était pas assez bonne au collège ou au lycée dans tel domaine.

Après bien sûr, n’oublie pas de réviser et d’approfondir les cours qui t’intéressent, notes ou pas notes, c’est le meilleur moyen d’apprendre !

Et si tu ne sais pas quoi faire plus tard, tu trouveras l’inspiration dans les articles Booster d’orientation, pour choisir tes enseignements de spécialité, ton futur Master ou chercher un métier à partir de tes idéaux et de tes passions.

les mauvaises notes

#Balancetesnotes


katell

Psychologue et psychanalyste, je collabore depuis plusieurs années avec des conseillers d'orientation et des formateurs. J'ai aussi deux fils qui se demandent ce qu'ils feront à l'âge adulte. C'est pour eux que j'ai décidé de réunir mes connaissances sur ce blog, et finalement de les partager avec vous. Ensemble on va plus loin ;)

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