Poursuivre en master après la licence?

Publié par katell le

Ça y est! Tu es en troisième année de Licence, ou bien tu viens de l’obtenir.

faire la fête

Bravo, reçois toutes les félicitations des lecteurs de ce blog – vous êtes de plus en plus nombreux, merci Smile – car ce n’est pas si facile de poursuivre ses études à l’université. En effet tu as surmonté les pièges qui t’étaient tendus à la sortie du bac, tu as survécu:

  • à la procrastination
  • à la solitude si tu as atterri dans une ville inconnue,
  • à la tentation de rester au lit tous les matins,
  • et à celle de sortir avec tes nouveaux amis tous les soirs.

Que vas tu faire de ton nouveau diplôme?

Trouver un job en rapport avec tes nouvelles connaissances?

Cela est tout à fait envisageable si tu as obtenu une licence pro. Mais si ce n’est pas le cas, pour valoriser ta licence tu vas probablement vouloir poursuivre tes études.

A l’université, deux voies s’offrent à toi: la professionnalisation ou la recherche. Ou bien tu vas peut-être tenter différents concours pour intégrer un IEP ou une école d’ingénieur, de commerce, ou d’autres domaines.

Tu n’as jamais été si proche du but!

Mais de quel but s’agit-il?

D’étudier pour le plaisir et pour la gloire?

Check. Tu viens de le faire.

D’acquérir des compétences pour gagner ta vie?

Euh…là c’est moins sûr. Tu peux accumuler des savoirs théoriques jusqu’au doctorat et demeurer incapable de changer une simple ampoule. Attention à ne pas négliger les expériences de terrain si tu souhaites gagner ta vie un jour.

La bonne nouvelle est que tu as déjà franchi un certain nombre d’étapes dans tes choix d’orientation.

Ton bac, ta filière, le domaine, la longueur des études, tout ceci a été tranché.

La mauvaise nouvelle est qu’à ce point tu peux encore tout remettre en cause.

Tu peux décider que ta licence te suffit, que tu en as marre des études. Tu peux changer de voie, refaire une licence ou un BTS, pourquoi pas? Je ne sais pas si réellement c’est une mauvaise nouvelle puisque d’un côté cela signifie que tu es relativement libre. Mais de l’autre ça signifie aussi qu’en progressant dans ton parcours de formation tu t’avances de plus en plus près de la zone où les choix deviennent irréversibles.

Si tu t’engages dans le second cycle des études supérieures, tu ne reviendras pas en arrière de sitôt.

Tu pourras toujours reprendre d’autres études plus tard. Mais si tu poursuis, ton investissement deviendras suffisamment important pour que tu aies vraiment très envie de valoriser tes efforts et tes connaissances en monnaie sonnante et trébuchante à l’issue de ton diplôme. Ainsi une fois en poste, si par malheur tu découvres que ton travail ne te plaît pas, il est probable que tu décides de t’en accommoder parce que tu n’auras pas envie de remettre en cause tes efforts pour arriver là. Tu ne voudras pas non plus de renouer de sitôt avec l’incertitude qui accompagne le questionnement sur l’orientation.

Ce choix de master, ou d’école, est assez impliquant, on ne va pas se le cacher.

Donc es tu prêt à te lancer dans 2 voire 3 années d’études supplémentaires, plutôt intensives, là maintenant tout de suite?

Réfléchis bien à cette question, car tu as d’autres possibilités, ouvre ton esprit et ton imaginaire. Voici quelques options qui peuvent prendre place dans ton parcours d’étudiant avant d’entreprendre un master.

T’offrir une année de césure.

 voyageuses

J’entends déjà des voix s’élever: “j’ai peur de perdre le rythme! Je n’ai pas les moyens de m’arrêter, mes parents ne voudront pas payer pour que je glande!”

Une pause dans tes études peux te permettre de réévaluer ton projet professionnel à la lumière de ce que tu es devenu depuis que tu as quitté le lycée. Si tu l’organises comme une occasion de vivre quelque chose de concret, ou tu vas vraiment agir et observer les résultats de tes actions, cela va te faire grandir. Pour cela tu peux:

  •  entreprendre un voyage,
  • un service civique,
  • un engagement solidaire,
  • un stage
  • Trouver un emploi qui t’intéresse.

La richesse de ce que tu vivras pendant cette année complètera ton dossier universitaire et ton CV.

  • Tu gagneras en confiance en toi.
  • Tu te distingueras de la masse qui aura suivi un cursus sans originalité.
  • A ton retour il est probable que tu saches beaucoup mieux définir et défendre ce que tu veux pour ton avenir car tu auras vraiment éprouvé tes capacités dans des situations réelles.
  • Non seulement tu te connaîtras beaucoup mieux, mais tu connaîtras aussi les autres beaucoup mieux! Tu auras rencontré des personnes bien différentes de celles que tu as l’habitude de côtoyer.

Depuis 2018, tu peux demander à conserver ton statut d’étudiant durant ton année de césure. C’est assez intéressant si l’établissement dans lequel tu veux poursuivre tes études accepte ta demande. En ce cas, cela suppose qu’à l’issue de la licence, tu aies déjà été admis en Master ou dans l’école de ton choix. L’avantage est que tu peux profiter de ce dispositif pour gagner des crédits universitaires si ton projet te donne une expérience supplémentaire liée au programme de ton futur Master.

L’inconvénient est que le montage peut être assez complexe, puisqu’il te faut l’accord de l’établissement où tu as passé ta licence ET l’accord de l’établissement ou tu comptes poursuivre tes études. En plus il faut que cet établissement t’aie accepté.

Quoiqu’il en soit si tu te vois refuser l’année de césure, rien ne t’empêche de prendre une année sabbatique, ou de travailler à l’étranger. Simplement tu perds ton statut d’étudiant et les avantages qui y sont liés tant que tu ne t’es pas réinscrit dans un cursus universitaire.

Voici les renseignements officiels pour ta demande d’année de césure .

Il ne s’agit donc pas nécessairement d’une année que tu passerais entre ta console de jeux, ta télévision, la plage et les bars de nuit. Cependant, en France on a tendance à méjuger les années sabbatiques, même lorsqu’elles sont soigneusement préparées..

Mon expérience de deux années sabbatiques à la sortie de mes études

année sabbatique après la licence

Pour ma part j’en ai pris deux, deux ans après ma licence et mon master de psychologie, pour faire un tour du monde en bateau. Cette expérience a été d’une richesse inouïe. Elle m’a fait prendre très concrètement la mesure des enjeux politiques, sociaux, économiques et écologiques à l’échelle de la planète. J’ai appris ce que signifie être étranger partout où tu passes pendant deux ans. A me débrouiller sans le système de santé et d’urgence français, à parler des langues que je n’avais jamais pratiqué etc. Dans certains pays, comme le Cap-Vert, J’ai découvert le visage de la misère. Ailleurs j’ai vu des paysages époustouflants: glaciers en Patagonie, vallées marquisiennes etc. Cela a durablement marqué ma vie.

Pour autant, avant peut-être d’ouvrir ce blog, je n’ai jamais vraiment réussi à valoriser tout ceci professionnellement.Cela a peut-être même freiné mon retour à l’emploi. Les responsables des institutions médico-sociales où j’ai postulé à mon retour m’ont souvent fait remarqué qu’ils voyaient cette expérience comme la marque d’une indépendance et d’un esprit aventureux peu compatibles avec les profils recherchés. Il est vrai que je suis revenue de ce voyage avec beaucoup plus d’assurance que je n’en avais auparavant.

J’avais pourtant mis en œuvre une stratégie pour ne pas perdre le contact avec le milieu professionnel en impliquant dans cette aventure 8 institutions avec lesquelles nous avons collaboré tout au long du voyage. 400 enfants, adolescents et adultes porteurs de handicap physique ou psychique ont profité de ce dispositif dans une ambiance très chaleureuse.

Finalement j’ai  trouvé un poste, mais à temps très partiel, dans un dispositif innovant, où mes compétences en communication et ma connaissance de l’Internet acquises au fil du projet se sont avérées bien utiles. J’ai complété mon temps de travail en m’installant à mon compte, et j’y suis toujours.

La France, même si elle s’ouvre doucement à ces pratiques, n’est pas un pays où l’on valorise beaucoup l’indépendance et la créativité des salariés. Je pense que tu dois en tenir compte dans tes choix d’orientation.

Selon le domaine où tu aimerais travailler, ces dimensions seront soit des freins, soit des accélérateurs pour ton évolution professionnelle. Pour te faire une idée de la situation: renseigne toi auprès de ceux qui ont déjà tenté l’expérience, interroge les enseignants ou les formateurs, et enfin prend l’avis des recruteurs. Tu pourras ainsi composer ton année sabbatique ou ton année de césure en y intégrant des expériences appréciées dans ton futur secteur d’activité.

Le Permis Vacance Travail (PVT) pour financer son voyage en travaillant.

Il n’est pas possible pour un étranger de travailler dans un pays sans autorisation administrative. Chaque pays pose ses conditions. En général il faut un visa de travail dont les conditions d’obtentions varient. Les ministères des affaires étrangères de nombreux pays ont signés des accords bilatéraux pour faciliter le travail temporaire des jeunes qui voyagent.

Les jeunes français âgés de 18 à 30 voire 35 ans selon les accords peuvent demander un visa temporaire de travail dans 14 pays: Canada, Argentine, Brésil, Chili, Colombie, Mexique, Uruguay, Australie, Nouvelle-Zélande, Corée du Sud, Hong-Kong, Japon, Singapour et Taïwan.

Vous trouverez ici les conditions d’obtentions du PVT .

Pour rappel ou information:  si tu es ressortissant de l’Union Européenne, tu peux également travailler sans formalité spécifique dans chacun des 28 états de l’UE.

Partir avec ERASMUS +

Tout comme pour l’année de césure, cette option suppose que tu saches dans quel domaine tu veux poursuivre tes études. Par contre il ne s’agit pas d’une pause puisqu’Erasmus t’offre une aide logistique et financière afin de poursuivre ton cursus à l’étranger, ou d’y effectuer seulement ton stage de master.

Si ce dispositif t’intéresse, tu dois commencer tes démarches un an à l’avance. Les candidatures sont en effet à déposer vers le mois de février au plus tard pour un départ en septembre suivant. Le service des relations internationales de ton établissement t’indiquera les établissements partenaires à l’étranger ainsi que les démarches à accomplir.

Arrêter tes études et essayer de gagner ta vie, pour voir…

Au delà de l’année sabbatique, il est également tout à fait envisageable de t’arrêter à la licence, et de démarrer une activité professionnelle pour tester tes affinités avec le marché du travail.

De quoi s’agit-il?

Généralement on raisonne ainsi: le demandeur d’emploi doit s’adapter au marché du travail en s’efforçant d’acquérir les compétences qui sont attendues de lui par les employeurs en manque de main d’œuvre.

Tu trouves ainsi des quantité d’articles sur “les métiers qui recrutent” et sur les formations les plus performantes en terme d’insertion professionnelle. Soit celles qui débouchent vraiment sur un emploi en adéquation avec la formation, et avec un bon salaire.

Mais il n’est pas rare que des personnes qui ont eu un parcours sans faute, typiquement c’est le cas de nombreux jeunes ingénieurs poussés à la réussite par leurs familles, s’aperçoivent au bout de 2 ou 3 ans d’exercice professionnel qu’elles s’ennuient ou tout au moins qu’elles ne s’épanouissent pas dans ce qu’elles font.

Or elles ont fourni tellement d’efforts pour parvenir à ce point qu’elles n’ont plus l’énergie de recommencer une formation. Elles se retrouvent dans une impasse.

Tu ne trouves pas ça dommage?

Qui a envie de se taper une prépa, et 3 à 5 ans d’études approfondies ensuite pour travailler 60h par semaine et ne plus disposer de temps pour ses amis, ses loisirs et sa famille? Il faut vraiment être passionné pour cela. Ou être retenu par un TRES bon salaire.

Voilà pourquoi je t’encourage à réfléchir avant de te précipiter sur l’annuaire des Masters à l’issue de ta licence. Il est très difficile, voire impossible, de déterminer avant d’avoir essayé, quelle place tu voudrais accorder au travail dans ta vie. Quelles sont tes autres points d’intérêt non négociables? Quel rythme de vie te convient actuellement?

Ce sont des questions dont les réponses évoluent avec l’âge et les engagements. Tu n’aspires pas aux mêmes choses quand tu es célibataire ou en couple par exemple. Si tu es musicien ou sportif, sans que ce soit ton gagne-pain, tu auras envie de dégager du temps pour vivre tes passions. Mais en vieillissant, ta manière de pratiquer tes passions évoluera. Tu ne vivras pas de la même façon à 20 ans qu’à 40 ans.

Pour garder le contrôle de ta vie, tu as intérêt à concevoir ton évolution professionnelle comme un parcours évolutif, adaptable. A certaines périodes tu privilégieras le temps libre, à d’autre tu auras besoin de plus d’argent.

Alors si tu en as assez de bailler sur les bancs de la fac, n’hésite pas à tester la condition de salarié, quitte à revenir vers la formation continue plus tard. Beaucoup d’entreprises offrent des possibilités de progression interne. Certaines préfèrent même recruter des jeunes pas trop diplômés pour les former elles-mêmes ensuite.

De même si tu as une idée de business, une opportunité, pourquoi ne pas te lancer maintenant?

Monter ton entreprise

créer son entreprise après la licence

Alors que le chômage des 15-24 ans s’établit aux alentours des 20%, monter son entreprise est une solution attrayante facilitée par le statut d’auto-entrepreneur. le développement d’Internet favorise ces initiatives, en offrant de nouveaux marchés accessibles depuis son ordinateur, et des possibilités de financement nouvelles via le crowd-funding.

Je ne crois pas qu’il y ait un âge plus favorable qu’un autre pour lancer son affaire. Quand tu es jeune tu n’as pas d’expérience mais tu as de l’énergie et du temps devant toi. Plus tard c’est l’inverse. Il faut aussi que tu réalises que avec ta licence, en plus des connaissances spécifiques à ton domaine, tu as acquis des compétences qui te seront bien utiles pour ce projet: travail en groupe, rédaction, recherche d’informations, maîtrise avancée d’outils informatiques.

Tu n’as pas besoin d’être un génie du code comme Mark Zuckerberg pour faire un carton. Une bonne idée commerciale peut suffire. Ainsi Louis Haincourt a fondé son entreprise en 2010 à 15 ans en revendant des coques d’Iphone qu’il achetait en Chine.  Souvent tu pars d’un constat: quelque chose te manque, et tu ne trouves pas le produit ou le service que tu veux. Alors tu le crées. C’est le cas de Julia Bijaoui qui a monté la société Frichti, pour livrer à un coût raisonnable les affamés qui découvrent en rentrant du boulot qu’ils n’ont pas fait leurs courses.

Il te faut donc une (bonne?) idée, et quelques qualités: organisation, persévérance, goût du risque notamment. Parfois il faudra tester plusieurs idées avant de trouver la formule qui marche vraiment.

Poursuivre tes études

poursuivre ses études après la licence

Si aucune des options précédentes ne t’a convaincu, tu peux évidemment poursuivre tes études. Cette option est envisageable quand tu sais déjà (ou enfin) ce que tu veux faire après ton master. Ton objectif professionnel va te permettre de choisir le type de formation qui lui correspondra le mieux.

En principe, pour poser ton choix, tu as du répondre à ces questions, dans l’ordre:

  1. Quel sont les enseignements qui t’ont le plus intéressé ET pour lesquels tu souhaites approfondir tes connaissances?
  2. Quels sont les Masters qui dispensent ces enseignements?
  3. Les débouchés correspondent-ils à tes aspirations professionnelles (y compris si tu veux aller jusqu’au doctorat)??
  4. Quels sont les critères d’admission? Comment les réunir?

La licence est souvent généraliste, elle t’a donnée un aperçu des spécialités qui existent au sein d’un grand domaine d’étude. Arrivé en 3e année, tu as eu l’occasion de les découvrir et de repérer celles qui t’intéressaient le plus. Il te reste cependant à les connecter avec des réalités professionnelles: un stage, des entretiens avec des professionnels ou des étudiants en fin de cursus te donneront des idées plus claires sur ce point.

Ne fais pas l’impasse sur ces démarches avant de t’engager dans un Master pro. Même si elles t’ennuient ou si elles t’effraient, elles sont indispensables pour ne pas être déçu ensuite et pour choisir le Master le plus intéressant.

Enfin tu peux remettre l’examen de toutes ces questions a plus tard parce que tu es passionné et que ton rêve est de rédiger une thèse de doctorat dans ton domaine. Mais attention tout de même de ne pas partir dans une fuite en avant. Il arrive en effet que des étudiants poursuivent le plus longtemps possible leurs études pour échapper au monde professionnel.

J’ai écrit cet article comme j’aurais aimé le lire après ma licence. Parfois tu ne vois qu’un chemin alors que tu te trouves à un carrefour.

J’espère t’avoir ouvert quelques pistes de réflexion. Si c’est le cas, fais le moi savoir dans les commentaires!


katell

Psychologue et psychanalyste, je collabore depuis plusieurs années avec des conseillers d'orientation et des formateurs. J'ai aussi deux fils qui se demandent ce qu'ils feront à l'âge adulte. C'est pour eux que j'ai décidé de réunir mes connaissances sur ce blog, et finalement de les partager avec vous. Ensemble on va plus loin ;)

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