Parcoursup, faut-il avoir peur de la sélection?

Publié par katell le

En ce moment c’est le bazar dans les universités bloquées par les étudiants qui protestent contre la loi orientation réussite des étudiants. C’est aussi le bazar pour les 800 000 lycéens qui ont confié leur avenir à la plateforme Parcoursup. La moitié attend que les meilleurs, l’autre moitié, se désistent pour savoir s’ils ont obtenu ou non une place dans la formation de leur choix.

Cette politique d’orientation est définie à partir d’indicateurs qu’on appelle des critères d’efficacité internes et externes et surtout elle est une question de gestion de flux. Ce mot barbare signifiant que toi l’étudiant, l’apprenti tu fais partie d’un flux, tu es une molécule d’eau. Un grain de sable qui circule et qui cherche une formation. Or ce qui arrive ce que craint l’État est que tous les étudiants veuillent aller dans la même formation et que ça déborde au point qu’il n’y ait pas assez de place pour tout le monde.

Alors du coup que fait l’État?

Il met en place une sélection pour éviter que ça déborde justement!
Oui mais si on avait pris un verre plus grand on aurait pu mettre plus d’eau? Si on avait investi dans les formations les plus demandées, on aurait aussi pu accueillir plus d’étudiants!
C’est une des choses qui pose problème et qui fait que des universités sont bloquées, il y a des désaccords sur la manière de gérer ces questions.
En tout cas, là on est dans une question non pas politique puisque la politique aurait été effectivement de prendre un verre plus grand, mais dans une affaire de gestion. Comment faire pour que tous les étudiants aient une place dans les formations existantes sans que l’état ne dépense d’argent inutilement? Parce que l’état n’entend pas dépenser d’argent pour des étudiants qui pourraient échouer dans les filières qu’ils ont choisi. D’où l’idée de sélection.

Alors est ce vrai qu’il y aurait plus de place dans certaines filières? Que les verres sont trop petits?

Voici mon expérience: je donne quelques cours en psychologie depuis plusieurs années et il est vrai, je dois reconnaître qu’en première année de licence, à chaque rentrée, les amphis
sont bondés. Dans les TD, on ne trouve plus de place pour s’asseoir.
Mais au bout d’un mois, même pas, trois
semaines! Là, dans l’amphi il y a de la place! Plus de la moitié voire les trois quarts des étudiants ont disparu. Pour les TD c’est pareil, si un enseignant veut garder quelques étudiants, il a intérêt à faire un cours bien animé, bien vivant.
Sinon ils ne viennent pas.
Pourquoi? Où sont passés tous ces étudiants ?
Ils ne s’intéressent plus à la fac?

Je crois qu’une part des étudiants ne sont pas idiots: la pédagogie à l’université n’existe pas! Les enseignants ne sont pas formés pour enseigner.
Ils inventent eux-même leur pédagogie donc beaucoup se contentent de lire leurs cours. C’est déjà beaucoup de boulot toute façon de faire ces cours. Les étudiants ont très
bien compris ça donc que font-ils?
Ils délèguent l’un d’entre eux qui va enregistrer avec son téléphone portable par exemple le cours et qui après va le partager avec les autres étudiants.
Ce qui fait que beaucoup n’ont vraiment pas besoin de venir encours: ils vont récupérer et le travailler chez eux à l’heure qui les arrange. On ne peut pas tellement leur reprocher ça!

Un autre problème est que le passage du lycée à la fac est un grand saut dans le vide pour beaucoup d’entre vous.

Il faut voir qu’au lycée on surveille tes absences tes retards, il faut tout justifier, tu ne peux pas prendre beaucoup de responsabilités non plus et encore moins d’initiatives.
Ce qui fait que quand tu arrives à la fac: ou bien tu fais ce que tu veux, tu vas en cours, tu ne vas pas en cours, tout le monde s’en fiche! Et finalement ça peut être assez impressionnant, tu peux être assez perdu alors les étudiants réagissent diversement à cette liberté nouvelle: “c’est trop génial je fais ce que je veux, c’est la première fois de ma vie que ça m’arrive! Je peux faire la fête”

Les étudiants se disent: ” J’ai encore le temps. Les partiels sont assez loin, je réviserais plus tard” et puis ils sont dépassés, ils n’arrivent plus à suivre les cours et finalement ils plantent leur année. Ils sont assez nombreux dans cette situation. Mais aussi des étudiants qui n’ont pas appris à travailler tout seuls, qui ne savent pas comment s’organiser  et qui vont échouer pour ces raisons là.

Certains vont habiter des villes qu’ils ne connaissent pas, où ils n’ont pas d’amis. Ils vont  vivre tout seuls pour la première fois, dans un appartement ou une chambre universitaire.
Ils vivent très mal la solitude, ils dépriment et ceux-la non plus ne vont pas y arriver. Donc finalement quantité de raisons font qu’il n’est pas si simple que ça de réaliser le passage de la Terminale à la première année d’université, à la première année de licence.

Alors est-ce que Parcoursup va résoudre ce genre de problème?

Honnêtement je ne crois pas. Parcoursup n’a pas été établie pour résoudre des
problèmes personnels des étudiants, même s’ils sont vraiment nombreux à vivre ce genre de difficultés.  C’est une question de gestion de flux: il faut vider le verre.
En tout cas Il ne faut pas plus d’eau que le verre peut en contenir, je crois que là vous l’aurez compris.
C’est important de le savoir pour que vous puissiez prendre soin de votre orientation et que vous ne fassiez pas trop confiance à Parcoursup et à toutes les politiques d’orientation.  Que vous réfléchissiez par vous même, vous ne vous laissiez pas non plus impressionner que
ça vous fasse pas trop peur.

D’ailleurs justement c’est une question à te poser:  est ce que tu fais partie
de ceux qui ont peur peur de l’orientation?

Ou peur de la sélection?  Fais-tu partie de ceux qui ont peur de la sélection?
L’idée de la compétition te fait-elle fuir, l’idée qu’il faudra éliminer des copains pour avoir une place?
C’est un truc dont tu n’as pas envie, c’est pas dans ce monde là que tu veux vivre etdu coup tu fais un blocage ou bien simplement tu n’as pas confiance en toi tu penses que si un nombre de places est limité il n’y aura pas de place pour toi, parce que tu n’es pas assez bon, pas assez compétitifs ?

Ou à l’inverse peut-être que tu es un super compétiteur que toi, quand tu veux quelque chose tu es habitué à l’obtenir. Tu peux travailler comme un fou pour réussir et tu n’hésiteras pas à te battre?

Une possibilité existe que tu sois entre les deux, prêt à bosser mais pas à sacrifier toute ta vie sociale par exemple pour un concours très difficile qui t’interdiras de sortir le week-end, de
regarder tes série préférées le soir.

Tout est possible donc tu peux avoir peur, pas du tout, un peu, beaucoup, mais si tu as peur,  je te propose quelque chose:

Imagine le pire puisque tu as peur laisse toi aller à ta peur vas-y mets toi dans un endroit sécurisé et là, pense à ce qui te fait peur.  Vas-y imagine le plus noir des scénarios: tout qui échoue, pas de place pour toi, le concours que tu voulais passer tu le rates et tu n’as pas la possibilité de le passer une autre fois… je ne sais pas, le pire, on imagine le pire, je te fais confiance: tu va se trouver!

Une fois que c’est fait, là ça y est, tu y es, tu es dans le noir, dans un truc abominable: cherche des solutions. Réfléchis: ” Ok, s’il m’arrive ça qu’est-ce que je peux faire, comment je peux faire pour atteindre quand même mon objectif? Est-ce que je suis prêt à me battre pour cet objectif,
est-ce qu’il en vaut suffisamment la peine où est ce que je peux aménager, changer? Voilà est-ce que je me donne une seconde chance pour arriver là où je veux aller?

Est-ce que aussi il existe d’autres voies pour y arriver? Parce que quelquefois et même très souvent plusieurs parcours permettent d’arriver au même métier. Donc zen, j’ai vu le pire, puis j’analyse mon échec: pourquoi j’ai raté? Qu’est ce qui n’a pas été? Est-ce que je n’ai pas assez travaillé ou bien c’est parce que je n’avais pas d’amis, je connaissais personne?

Ensuite, comment je peux faire pour que ça se passe mieux la prochaine fois? Ou je me dis que je ne veux pas revivre la même chose mais vraiment pas! Donc je vais essayer une ou deux voies soit pour arriver au même objectif, ou carrément je dis; “non mais finalement ce truc là j’avais pas tant que ça envie de le faire c’est peut-être aussi pour ça que ça n’a pas marché.”

Tu vois, tu te poses, tu réfléchis.  N’ oublie pas que l’on vit longtemps peut-être 90 ans peut-être 100 ans, on n’en sait rien. Maintenant la vie est quand même vraiment très longue et souvent on exerce plusieurs métiers dans une vie.

Donc si tu as peur de la sélection c’est normal :la plupart des gens ont peur.  Mais je te propose cette stratégie.

Examine ce qui te fait le plus peur. Vraiment tu poses sur la table, tu imagines le pire des scénarios, tu cherche des solutions, tu vois si c’est vers là que tu veux aller encore ou s’il existe d’autres possibilités.

Inutile de stresser: l’orientation est un processus. J’ai déjà dit dans la précédente vidéo qu’il fallait du temps pour arriver à ce qu’on veut vraiment et déjà pour savoir ce qu’on veut vraiment.


katell

Psychologue et psychanalyste, je collabore depuis plusieurs années avec des conseillers d'orientation et des formateurs. J'ai aussi deux fils qui se demandent ce qu'ils feront à l'âge adulte. C'est pour eux que j'ai décidé de réunir mes connaissances sur ce blog, et finalement de les partager avec vous. Ensemble on va plus loin ;)

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