Camille, kinésithérapeute un métier pour voyager

Publié par katell le

Comme je m’y suis engagée dans mon défi, cette semaine nous allons décortiquer le parcours de Camille, dont j’ai publié l’interview sur ma chaîne youtube. Je mets la video tout en bas de l’article, ainsi que la retranscription de l’interview.

Camille, 45 ans, a choisi le métier de kinésithérapeute pour voyager.  Je l’ai rencontrée cette été sur l’île de Flores au milieu de l’océan Atlantique, dans l’archipel des Açores. Elle y vit depuis 11 ans avec son compagnon et ses 4 enfants. Auparavant elle vivait sur un voilier, et voyageait en permanence. Son mode de vie sur l’île est très simple, pour la bonne raison qu’il n’y a pas grand chose à acheter. A Flores, la plupart des habitants cultivent une partie de ce qu’ils consomment. Le climat est assez chaud, sans être étouffant, les besoins en chauffage ou en vêtements sont assez réduits.

Comment lui est venue le désir de voyager, de vivre aussi détachée que possible des contraintes matérielles?

kinésithérapeute

photo Ludovic Etienne

En montant la vidéo j’ai coupé un passage de notre entretien que je  restitue ici,  car je pense qu’il est essentiel pour comprendre son choix de vie. Il s’agit du moment où elle a perdu son père, alors qu’elle n’avait que 7 ans. Voici comment elle présente l’effet que cela a produit sur elle:

Camille: “Je sais toujours que je pourrai m’en sortir. Trouver un boulot, me nourrir. Toujours je pourrais me débrouiller pour trouver un toit et de quoi manger. Je n’ai jamais peur de manquer.

De plus en plus de gens me disent que j’ai un choix de vie qui n’est pas normal. Je crois que ça vient du fait que j’ai perdu mon papa quand j’avais sept ans. Et on ne m’avait pas dit comment il était mort. J’ai imaginé qu’il était mort en dormant. Tu vois, la mort la plus paisible qui soit. Mais la conséquence de ça c’était qu’on pouvait mourir en dormant, d’un jour à l’autre!

Du coup pendant 3 ou 4 mois j’avais du mal à m’endormir. Je me disais: peut-être je ne me réveille pas demain! Par contre chaque matin quand je me réveillais, je me disais: allez! Yes! Encore un jour! On y va, On y va!

Quelque part ça a formé mon… pas de peur tu vois? Dans ce sens où je n’étais pas très bonne à l’école. Les profs voulaient que je bosse, mais moi j’étais désolée, il fallait que je joue! J’avais d’autres priorités!”

Katell: “Du coup tu as vécu comme si tu allais mourir demain?”

Camille: “Oui, c’est un peu ça.”

Cet extrait répond à notre question. C’est un événement tragique qui donne tôt à Camille la valeur de la vie humaine. Elle se rend compte de sa fragilité et décide d’en profiter à fond.

Ensuite la manière dont elle choisit d’en profiter relève de son goût pour les étrangers. Elle raconte dans la vidéo comment enfant elle aimait rendre visite à ses voisins d’origine étrangère.

Elle était aussi très indépendante. Elle nous dit qu’elle était “désolée” de ne pas satisfaire ses professeurs. Mais elle préférait jouer… De même plus tard elle choisit volontairement des études courtes. Elle n’avait pas envie de végéter sur les bancs d’une école.

Comme dans le cas de Yacine, que j’évoquais ici, Camille a construit sa vie à partir de ce qui la différenciait des autres: son indépendance, sa curiosité pour les autres, et le besoin de profiter pleinement de chaque jour de sa vie. Pas question pour elle de répondre aux attentes de ses parents ni de ses professeurs.

Par ailleurs, la perte prématurée de son père agit comme un déclencheur, d’où elle tire le fil conducteur de sa vie: Si elle meurt demain, elle pourra se dire qu’elle n’a pas gâché un seul moment de sa vie.

En écoutant Camille on comprend comment elle a choisi son mode de vie. Mais pourquoi kinésithérapeute?

Concrètement c’est un choix adapté à son projet: un métier pour voyager. Il lui permet de trouver du travail relativement facilement. Mais il y a d’autres possibilités pour s’assurer d’une certaine liberté. Pourquoi spécialement kinésithérapeute?

Le seul élément de réponse qu’elle nous donne est que pour faire taire les questions du type “que veux tu faire plus tard? “, répondre “des massages” lui est venu comme une évidence.

Son choix de métier restera donc pour nous partiellement mystérieux. D’autant qu’elle explique qu’elle n’avait alors aucune idée précise de ce qu’étaient les massages. Elle n’avait jamais rencontré de kiné!

Sur le divan, il arrive que ce genre de choix s’éclaire par des associations d’idées, par exemple “massage” pourrait évoquerait d’autres représentations qui permettraient de comprendre pourquoi ce terme aurait pris une valeur si particulière pour Camille. Mais nous ne pourrons pas aller plus loin ici sans trahir sa parole.

Grâce à Camille nous avons récolté des informations intéressantes pour comprendre comment peut se construire un choix d’orientation.

Le premier point est que Camille a fait passer son projet de vie avant son choix de métier. Son métier est au service de sa vie. Au besoin elle est même capable de faire temporairement autre chose, y compris la plonge, pourvu que cela la rapproche de ses objectifs.

Ensuite elle se connaissait suffisamment pour s’appuyer sur un trait important de sa personnalité: son indépendance, son besoin de liberté. Et un événement déclencheur qui donne un caractère d’urgence à la vie: elle a voulu en profiter tout de suite. Vivre au plus vite comme elle voulait, en accord avec ce qu’elle était.

Enfin, elle est confiante. Lisez plus bas ce qu’elle en dit, c’est remarquable. Elle “sait” qu’elle trouvera toujours de quoi se loger, se nourrir, nourrir ses enfants. Cela lui suffit. En fait elle est confiante parce qu’elle sait que matériellement peut se contenter du minimum pour vivre.

Retrouverons nous ces éléments dans d’autres parcours inspirants? La suite de ce défi nous le dira.

En attendant je vous propose de réfléchir à cette idée forte: Vivre en accord avec ce que l’on est. Encore faut-il se connaître…

Vous trouverez ci-dessous la vidéo et sa transcription, profitez en pour visiter ma chaîne youtube et me donner votre avis. Vos conseils, vos encouragements me seront précieux!

 

 

Katell: Bonjour les chercheurs d’orientation!
Aujourd’hui je vous emmène sur l’île de Flores au beau milieu de l’Atlantique, dans l’archipel des Açores.
Nous allons y rencontrer Camille. Camille qui grâce à son métier de kinésithérapeute a pu voyager tant qu’elle a voulu et finalement s’installer dans ce petit paradis avec ses 4 enfants et son compagnon.
Restez jusqu’à la fin, je vous ai ajouté une petite surprise.

K: C’est la grande vie à Flores ! C’est dur !

Camille: On n’est pas mal ! J’ai 4 enfants et je vis depuis onze ans sur l’île de Flores. Avant ça j’ai vécu 10 ans en voilier avec mes enfants. Je travaillais en tant que kiné partout dans le monde, en essayant de vivre avec ce qu’on avait.

Katell: Tu avais choisi ton métier en te disant que tu allais voyager ?
Camille: Oui.

Katell: Waow!, et comment tu savais que ça pouvait s’exporter ?
Camille: Je me suis dit que je voulais un métier avec des études courtes. Qu’on pouvait faire partout dans le monde et qui n’avait pas besoin d’une grosse structure.
J’ai pas besoin de chef…pour pouvoir voyager.

Katell:Tu n’aimes pas trop avoir un chef ?
Camille: Ça ne me dérange pas plus que ça. Mais je préfère être indépendante. Ce n’est pas que je ne m’entends pas avec les gens. C’est que j’adore la liberté et l’autonomie. Être complètement libre de faire ce que je veux.
Après quand j’ai besoin de faire beaucoup de “sous”, je vais dans une grosse clinique. Je vais en Europe et je travaille comme kiné.

Katell; Tu trouves facilement des remplacements ?
Camille: Oui, des remplacements en tant que kiné, c’est hyper simple.

K: N’importe où en Europe ?
Camille: Non, en Europe : en France. Mais tu as la Réunion, la Guadeloupe, la Martinique, la Guyane. Ces endroits là. C’est pas toujours des endroits que les gens veulent, donc c’est assez facile de trouver du boulot.

K: Donc c’est ça qui a fondé ton choix : dès le départ tu savais que tu voulais voyager ?
c: Oui, depuis enfant j’ai toujours voulu voyager. J’allais chez les voisins, les voisines, j’étais jamais chez moi. Plus les gens étaient bizarres et plus j’aimais. On avait la Chilienne en face, on avait des Irlandais, j’adorais aller chez eux.
Et c’est vrai que dans ma famille je ne m’identifiais pas trop à ce qu’ils me proposaient comme projet de vie.

K: Qu’est-ce qu’ils te proposaient ?
C: Oh, rien ! Ma mère ne m’a jamais obligée de faire quoi que ce soit.
Mais qui est de trouver un boulot. J’ai entendu mon beau-père quand je lui ai dit qu’après mes études de kiné que je partirais en bateau: « Mais quel gâchis ! Quel gâchis ! Faut bosser ! Il faut que tu crées ton cabinet ! »
Non, je n’en voyais pas du tout le besoin. Ni la peur de manquer. Je n’étais pas carriériste. Non, j’avais envie de voyager, quoi !

Katell: Quand tu étais ado tu savais déjà ce que tu voulais faire ?
Camille: Kiné, massage, oui.

K: A partir de quel âge tu t’es dit ça ?
C: 14 ans, 15 ans. Quand on commence à te dire à l’école qu’est-ce que tu veux faire ?
Et j’avais envie qu’ils me foutent la paix. Je leur ai dit : je vais donner leur donner une réponse
alors qu’est-ce que j’aime bien faire ?
J’aime bien faire des massages. Je veux être kiné ! Et j’avais jamais vu un kiné de ma vie!
Je crois que ça vient aussi du fait que ma mère a jamais rien voulu de nous. Elle ne nous a pas collé des étiquettes : tu feras ingénieur ma fille, tu feras machin.
Ce qui fait que je me sentais à l’aise de choisir ce qui m’attirait. Et les massages je savais que c’était mon truc.

K: Mais il y a un concours pour entrer à l’école de kiné ?Tu aurais pu échouer ?
Camille: Oui mais là… c’est ma propre croyance, Chacun fait comme il veut mais…tout a été tellement facile pour aller vers cette voie là, que je me dis que j’ai quand même été un petit peu aidée.
Parce que ça devait être ma voie. Parce que c’est facile pour moi, tu vois ? Et je crois que quand tu vas vers où tu es bien et où tu dois aller…je suis sûre que j’ai eu des coups de pouces !

Katell: Alors maintenant tu as quatre enfants. Tu es dans une île au plein milieu de l’atlantique. Voilà tu as 45 ans, tu n’as pas peur de ne pas avoir de retraite ?
D’avoir un système de santé un petit peu limite par rapport à ce qu’on peut trouver en France ?
ça ne te fait pas peur ?
C: Alors au niveau de la santé j’ai pas du tout peur et par contre je prends soin de moi et j’écoute mon corps. Jusqu’à présent je n’ai eu aucun souci donc j’espère que ça va continuer.

Katell: C’est toujours ta bonne étoile sur laquelle tu comptes ?
C: Bonne étoile et bon sens ! C’est-à-dire aller courir un petit peu une bonne hygiène de vie .

Katell: En france il y a énormément d’adolescents qui flippent. Tu est allé voir un petit peu ma chaîne ? Voilà il y en a qui se disent : il n’y a pas de boulot, il faut que je trouve un métier qui recrute. Je suis bon en ça, donc je dois faire ce métier là et pas trop me demander si j’aime ou pas ce que je vais faire mais d’abord que j’aie du travail.
Est ce que tu aurais un message, quelque chose à leur dire ?
Est ce que tu imagines qu’on peut rentrer dans la vie de cette façon là ?

Camille: Alors je vais dire quelque chose de très simple. Là quand je suis partie d’ici pour aller travailler en Guadeloupe parce que je n’avais plus de sous du tout. Or il fallait que je paye les cinq billets d’avion pour mes enfants à Flores.
Donc qu’est-ce que j’ai fait ? Moi je suis une kiné reconnue qui aime bien son boulot, Mais ici il n’y avait pas assez de boulot pour moi. pour que j’arrive à rassembler cette somme là.
Ce qui fait que j’ai été bosser dans le restau d’une copine où j’ai fait la plonge pendant trois mois tous les soirs.
Mais c’est sur que ce n’est pas ma passion ! Mais je sais que de manière temporaire je peux prendre un boulot qui n’est pas mon truc, ça ne me plaît pas,
J’ai un projet et j’ai économisé jusqu’à atteindre mon objectif pour sauter une marche.
Tu vois toujours ton but qui est là, mais pas grave si quelque part tu n’y vas pas tout droit.
Mais il ne faut pas se morfondre : “ouin, je ne veux pas laver des verres.”
Non! C’est : “chouette ! ça va me permette de…”
Au contraire tu vois une espèce de tremplin qui te permet de. C’est temporaire, c’est pas grave!
et merci pour ce boulot là !

Sinon je n’aurais pas pu aller là. Je me suis jamais dit “Oh ben tant pis,
je ne pourrai plus jamais aller en Guadeloupe trouver mon boulot et je serai toute ma vie là !”
Non! C’est vraiment faire des petites marches comme ça pour arriver à tes objectifs,
et poser des gestes petit à petit.

Katell: Donc c’est le projet qui mène ta vie ?J’ai envie de faire ça et je m’en donne les moyens
même si c’est faire la plonge et même si j’aime pas faire la plonge, c’est pas très grave.
Camille: Voilà ! C’est pour un truc plus haut, plus loin. Pour construire tu vois, des briques, des briques. Et si j’arrive pas à faire ça tout de suite je sais que demain je peux retourner à la plonge
J’engrange un petit peu, mais je vais voir plus loin.

Katell: Camille je pense que tu devrais inspirer pas mal de gens. Je te remercie infiniment.


katell

Psychologue et psychanalyste, je collabore depuis plusieurs années avec des conseillers d'orientation et des formateurs. J'ai aussi deux fils qui se demandent ce qu'ils feront à l'âge adulte. C'est pour eux que j'ai décidé de réunir mes connaissances sur ce blog, et finalement de les partager avec vous. Ensemble on va plus loin ;)

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