Journaliste: un métier concurrentiel dans un contexte misogyne

Publié par katell le

 

Par souci de parité, j’ai cherché des témoignages de femmes pour rédiger ce 4e défi. Et quelle ne fut pas ma surprise de découvrir à quel point le monde des journalistes était misogyne. 400 d’entre elles ont d’ailleurs signé une tribune où elles dénonçaient les violences sexistes dont elles font régulièrement l’objet dans l’exercice de leur profession.

Est-ce à dire que les hommes seraient plus à l’aise dans ce métier?

Il apparaît en tout cas qu’ils obtiennent plus facilement des postes intéressants. Pour autant ce métier est souvent associé à un statut précaire. La compétition fait rage et les places sont chères. Tu trouveras sur ce site un résumé de la situation très précis, avec les études suivies par les professionnels du secteurs et les secteurs qui recrutent des journalistes.

Que l’on soit homme ou femme, journaliste est devenu un métier ou il faut faire sa place, si on souhaite en vivre.

journaliste

Parmi celles qui y sont parvenues j’ai retenu le portrait d’Emilie Vidaud, aujourd’hui journaliste indépendante.

La jeune femme s’est spécialisée dans le “social calling” ou “le déclic pour agir”. Elle a notamment écrit un livre dans lequel elle met en valeur des entrepreneurs qui veulent améliorer la société grâce aux technologies. (si ça t’intéresse, je t’ai posté un lien vers son livre en fin d’article) Oui c’est très précis. Mais elle n’est pas arrivée là tout de suite.

Emilie a grandi en région parisienne. Son père était entrepreneur dans le Minitel, cet ancêtre de l’internet, et bricolait pas mal les ordinateurs. Sa mère infirmière, était bien occupée par l’éducation de ses 4 enfants: Emilie et ses trois frères. Une famille où les rôles étaient assez traditionnels, avec un chef de famille présenté comme autoritaire et misogyne.

Son père lui aurait dit un jour: “Tu es une fille, c’est une sous condition. Il va donc falloir que tu en fasses dix fois plus pour prouver ta légitimité.”

De plus il la poussait vers les études scientifiques, qui ne l’intéressaient pas du tout. Emilie elle, préférait lire des romans et écrire. Elle dit qu’un déclic lui est venu à l’âge 16 ans, quand une journaliste est venue interviewer sa famille, considérée comme “Famille web et branchée” grâce aux activités paternelles.

En 2001, elle entre à Sciences Po à Bordeaux, puis elle poursuit ses études à l’Institut Français de Presse d’Assas.

Son profil Linkedin montre qu’elle a ensuite travaillé pour de nombreux journaux, notamment sur le thème de la politique, l’entreprise et les affaires. Elle est même devenue rédactrice en chef d’un magazine dédié aux patrons de la Bourse. Mais là c’en est trop, le milieu est décidément trop sexiste, les rivalités sont très fortes, y compris entre femmes, et elle démissionne. Elle devient journaliste indépendante, travaillant pour différentes rédactions, de presse écrite et de télévision. Elle se lance dans l’écriture d’un ouvrage où elle raconte le parcours de jeunes patrons pas toujours connus, qui tentent de créer des entreprises à la fois rentables et utiles socialement. Cela ajoute du sens à son métier: “Mon rôle en tant que journaliste est celui-ci: réagir et mettre en lumière ces personnes silencieuses.”

Tu peux d’ailleurs suivre ses interviews sous forme de podcasts sur son site Binge.

Emilie Vidaud est donc journaliste, plutôt engagée, et il semble qu’elle ait réussi à conjuguer ses différentes influences pour composer son métier à l’image de ses idéaux.

Décryptons ensemble quelques-uns de ses secrets d’orientation.

Premièrement, Emilie est très combative. Elle commence par s’opposer à la volonté de son père et à ses propos sexistes, pour ensuite affronter un milieu professionnel où les femmes sont soumises à rude épreuve.

Ensuite elle est sélective. Elle s’est intéressé à la technique du portrait dès sa rencontre avec la journaliste qui est venue chez elle. Sa carte de presse en poche, elle a fait carrière essentiellement dans des journaux dédiés au monde de l’entreprise et des affaires, ce qui l’a amenée à se consacrer plus particulièrement aux portraits d’entrepreneurs. Et lorsqu’elle a quitté le salariat elle s’est focalisée sur les portraits d’entrepreneurs dans les technologies numériques.

Dans de nombreux métier, il est plus facile de se faire reconnaître quand on a une spécialité.

Voilà une stratégie à retenir pour ton avenir.

Tu remarqueras quand même que son hyper-spécialisation l’amène à explorer un domaine d’activité qui est le prolongement exact de celui où intervenait son père. Ce n’est certainement pas un hasard. Cherchait-elle à l’intéresser? Cela les a t-ils rapprochés l’un de l’autre?

Mon expérience de psy m’a souvent confirmé ceci: l’opinion de nos parents est très importante pour nous aider à effectuer nos choix d’orientation. Même s’ils veulent que nous fassions quelque chose que nous ne voulons pas. Cela vaut toujours mieux que pas de désir du tout. S’entendre dire: tu feras ce que tu veux, l’essentiel c’est que tu sois heureux!” n’avance pas à grand chose. Quand ils disent cela, les parents veulent éviter de mettre trop de pression sur leurs enfants. Mais cela ne les aide pas à déterminer qui ils sont.

Dans le cas d’Emilie, le regard de son père sur les femmes et sur les filières qui ont de la valeur ne lui convient pas du tout. Or elle décrit son père comme un homme autoritaire. On imagine aisément que les conversations au dîner ont du être un peu tendue quand elle a dit qu’elle voulait devenir journaliste! Mais ce conflit lui a servi de repère. Elle savait qu’elle était en désaccord avec son père. Il était important pour elle, pour exister, de le lui montrer. Et c’est ce qu’elle a fait. Après elle ne dit pas si ils lui ont payé quand même ses études, mais c’est un autre problème.

A l’adolescence, pour choisir une orientation professionnelle, on a besoin que nos parents nous projettent dans un métier ou au moins un domaine d’activité, même si au final on décide de faire l’inverse.

Enfin Emilie s’est appuyé pour son choix professionnel sur au moins trois éléments: son goût pour l’écriture et la lecture, sa rencontre avec une journaliste, et son opposition à son père.

Son parcours de formation est celui d’une élève plutôt brillante, puisqu’elle réussi le concours d’entrée à Sciences Po, puis celui de l’Institut Français de Presse. Son père lui aurait conseillé “d’en faire 10 fois plus pour montrer sa légitimité”, c’est chose faite! Passer par une école de journalisme reconnue facilité l’insertion professionnelle, mais il est possible de suivre d’autres formations notamment en information et communication pour devenir journaliste.

Les secrets d’orientation d’Emilie

  • La combativité : pour faire sa place dans un milieu d’homme, pour prendre la parole comme elle le souhaite.
  • Un père qui veut quelque chose pour sa fille.
  • Le goût de l’écriture dès l’enfance
  • La spécialisation: elle ne s’éparpille pas, elle choisit un secteur d’investigation précis.

Pour connaître ces entrepreneurs qui veulent résoudre les problèmes sociaux grâce aux technos, tu peux lire l’ouvrage d’Emilie Vidaut:


katell

Psychologue et psychanalyste, je collabore depuis plusieurs années avec des conseillers d'orientation et des formateurs. J'ai aussi deux fils qui se demandent ce qu'ils feront à l'âge adulte. C'est pour eux que j'ai décidé de réunir mes connaissances sur ce blog, et finalement de les partager avec vous. Ensemble on va plus loin ;)

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