Dessinateur de BD, la technique s’enseigne, pas la créativité.

Publié par katell le

 

La plupart des enfants aiment dessiner quand ils sont petits. Mais la majorité s’arrêtent à l’adolescence, et toi? Tu dessines toujours?

 

 

Pour ce 3e défi, j’ai choisi de vous parler de Paul Cauuet, dessinateur de BD et coloriste.

Ce jeune homme de 38 ans est tombé dans le chaudron des couleurs quand il était tout petit. Et comme Obélix, sa passion des Romains des crayons ne l’a jamais quitté. Il faut dire qu’il est issu d’une famille d’artistes. Des parents qui l’ont initié et encouragé dans cette voie. Voici son parcours.

Malgré sa passion pour le dessin Paul passe un bac scientifique, sans même choisir l’option dessin. Son niveau en math est insuffisant pour être admis dans le BTS audio-visuel qui l’intéresse.  Il tente alors d’entrer en licence d’art plastiques à Toulouse, sa ville natale. Là non plus sa candidature n’est pas retenue. Mais il ne se démonte pas. Il se présente à l’oral d’admission sans y être invité. Il parvient à convaincre le directeur de la formation de l’y accepter.

Pas franchement assidu, il abandonne sa L1 en cours d’année. Pour s’y représenter l’année suivante! Il n’y restera pas longtemps…

La bande dessinée, je l’ai apprise tout seul, sur le tas. Je n’ai pas fait d’école, Bon, à l’époque je n’ai même pas eu mon Deug à la fac parce qu’entre-temps j’ai rencontré Guillaume Clavery qui était sur Toulouse et avait un scénario de BD. Moi je voulais faire de la BD, mais je n’avais pas d’histoire. “ (Justfocus)

A 22 ans Paul se lance avec son ami scénariste, et tous les deux proposent leur projet aux éditions Delcourt, et les voilà partisl

Pendant 13 ans il vit, parfois avec difficulté de son art. Jusqu’à ce qu’avec un autre copain scénariste, Wilfrid Lupano, ils décident de faire une BD avec des personnes âgées comme héros: “Les vieux fourneaux”. 4 tomes plus tard, c’est le grand succès. 1.300 000 d’exemplaires, oui, tu as bien lu, un virgule trois millions de BD vendues depuis 2014! Sans compter un film tiré de sa BD, sorti en août 2018 et qui a plutôt bien marché!

Évidemment côté finances ça va beaucoup mieux. En plus de ça, notre auteur à l’air de mener une vie professionnelle plutôt sympa. Il travaille avec d’autres artistes dans les locaux d’une association toulousaine, 7h par jour. Il peut aborder les sujets qu’il veut dans ses BD. Il est père de famille, il peut prendre son temps…entre deux projets.

Essayons de comprendre comment il est devenu dessinateur de BD.

Ce qui est frappant dans le parcours de Paul, c’est le décalage entre son parcours scolaire, plutôt scientifique, et sa passion. Ce n’est que lorsqu’il est refusé en BTS, qu’il se décide à entrer aux beaux-arts. Mais même là, il s’échappe rapidement pour créer sa première BD avec le scénariste Guillaume Clavery.

Paul ne compte pas sur l’école pour lui apprendre à dessiner.

Ses parents l’ont encouragé, et il s’est entraîné tout seul. En fait il est autodidacte. Il a passé du temps à observer les BD de ses auteurs préférés pour en comprendre les secrets. A un festival de BD en 2000 il a rencontré l’un d’eux, Loisel, qui lui a donné un cours d’une demi-heure sur la narration. Aux Beaux-arts il prend juste ce qui l’intéresse: apprendre à dessiner des corps en 30 secondes:

Après le bac, mon père m’a dit de continuer là-dedans. Je me suis inscrit en arts appliqués à la faculté du Mirail. J’ai eu mes vrais premiers cours de dessin à ce moment. J’ai compris comment faire une ébauche, choper une attitude, un mouvement.” (Libération)

Plus encore, il ne semble pas avoir de stratégie d’orientation pour se diriger vers un métier de la création. Tout se passe comme s’il n’avait pas cru tout de suite dans sa capacité à vivre de la bande dessinée. Je crois qu’il a un moment hésité à cause des discours que tout le monde entend et relaie sur l’orientation: il faut choisir un métier qui recrute, et si possible qui paie bien. Voilà pourquoi Alexandre a choisi une terminale S, du moins c’est mon hypothèse. L’orientation est souvent un choix de la raison et non du cœur!

Pour ce qui est de devenir dessinateur de BD, la réalité est en effet peu rassurante. Environ 1500 personnes vivent de cette activité en France. C’est très peu. Faut-il pour autant abandonner sa passion? Un BTS audio-visuel aurait donné à Alexandre les compétences pour gagner sa vie, tout en dessinant pour son plaisir personnel. Mais il ne s’est pas donné les moyens de rentrer dans cette formation.

Devant ce refus il se décide à postuler en licence d’arts plastiques. Or il a un Bac scientifique, et pas de dossier de réalisations artistiques à présenter pour justifier sa demande. Rien de ce qu’on attend d’un futur artiste à l’université. Là non plus l’étudiant n’est pas reçu, mais il insiste et parvient à forcer la porte. A ce moment là il commence à savoir ce qu’il veut faire. Il veut dessiner, et il veut apprendre à dessiner encore mieux. Il pense aussi qu’il a besoin des cours des Beaux-arts pour progresser.

En cours d’année, en février, il arrête! Il ne dit pas pourquoi. Mais l’année suivante il y retourne quelque temps. Au final il s’en va sans avoir passé sa licence, pour deux raisons. La première est que les cours proposés en 2e année ne lui apportent rien pour ce qu’il veut faire. La seconde est qu’il a rencontré Guillaume, le scénariste, et qu’ils veulent créer leur BD sans plus attendre.

Cette petite analyse nous montre que après le bac Paul prend ce dont il a besoin pour devenir un bon dessinateur, et rien d’autre.

Il reste focalisé sur son projet. D’une certaine manière, il ne négocie plus avec l’orientation scolaire. Il ne laisse pas non plus l’université décider de ce qu’il doit apprendre. C’est lui, et lui seul qui choisi. Son choix est risqué, mais il a fini par payer. D’une part il a pu tout de suite exercer le métier de ses rêves et d’autre part il vient de connaître le succès, après 13 années de vaches maigres.

Avant de conclure sur les secrets d’orientation que nous livre ce portrait, je voudrai ajouter quelques mots sur la question de la création artistique. Un jour j’ai reçu à mon cabinet un jeune architecte. Il se plaignait de ses études: “Dans mon école, disait-il, on ne m’a pas appris à créer. J’ai appris des tas de techniques, mais rien qui m’aide à créer. Du coup je n’ose pas me lancer.”

Mais peut-on enseigner la création? Sérieusement?

En réalité tu peux prendre tous les cours de dessin, de musique, de peinture ou de macramé de la terre. Si tu ne te lances pas, si tu n’expérimentes pas toi-même tes capacités de création, tu n’apprendras jamais à créer.

La créativité ne s’enseigne pas, elle se stimule, elle s’expérimente.  L’histoire de Paul Cauuet est exemplaire sur ce point. Il n’a pas attendu qu’on lui dise comment créer. Il s’est lancé. Bien sûr, avoir un papa artiste qui le soutenait lui a sans doute beaucoup donné confiance pour se lancer. Même si tu n’as pas cela n’oublie jamais que c’est en dessinant qu’on devient dessinateur!

Les secrets d’orientation de Paul

  • Des gens qualifiés qui croient en lui: dès le départ son père, lui-même artiste, le soutient, et Loisel, grand auteur de BD, s’intéresse à lui.
  • Une grande indépendance vis à vis du système universitaire
  • Une focalisation sur ses objectifs
  • De l’audace pour se lancer sans diplôme
  • De la passion, indispensable dans les métiers qui offrent peu de débouchés.

Pour te faire plaisir, ou faire un cadeau à tes parents 🙂 tu peux aussi lire le dernier tome des Vieux Fourneaux. Il est tout chaud, il vient juste de sortir!


katell

Psychologue et psychanalyste, je collabore depuis plusieurs années avec des conseillers d'orientation et des formateurs. J'ai aussi deux fils qui se demandent ce qu'ils feront à l'âge adulte. C'est pour eux que j'ai décidé de réunir mes connaissances sur ce blog, et finalement de les partager avec vous. Ensemble on va plus loin ;)

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